L’IA en est encore à un stade embryonnaire, mais les entreprises devront y voir si elles tiennent à rester concurrentielles et à suivre l’évolution des marchés et des besoins de consommateurs. Si le Canada n’arrive pas à se montrer concurrentiel en matière d’économies d’échelle, il pourra se tourner vers l’IA pour améliorer son efficience opérationnelle, obtenir de meilleures récoltes, diminuer sa dépendance au travail manuel, optimiser l’utilisation de l’eau et réduire sa production de déchets, entre autres.
TELUS Agriculture recourt déjà à l’IA dans ses trousses numériques qui permettent aux fermiers d’avoir accès à des capteurs de l’Internet des objets (IdO), à des logiciels de gestion fermière et à des outils d’analyse prédictive. Ces trousses ont permis d’améliorer la durabilité et la résilience du système alimentaire, en aidant les fermiers à augmenter de 20 % leur saine gestion de l’eau et à diminuer de 15 % l’épandage d’engrais. Ces actions ont contribué à sauver 500 millions de litres d’eau annuellement.
Pourtant, de manière générale, on remarque que l’adoption de l’IA et de la technologie ne va pas nécessairement de soi dans ce secteur. John Jansen, chef mondial à TELUS Agriculture affirme que « des programmes remarquables fortement capitalisés ont déjà été lancés par le passé, sans donner les résultats escomptés parce que les fermiers ne disposent pas de temps ou de marge de manœuvre pour les mettre en fonction, puisque préparer les récoltes est beaucoup plus important. »
Selon Marc Low, directeur, Innovation, croissance et technologies émergentes, KPMG au Canada, plusieurs obstacles s’élèvent contre le déploiement de l’IA, dont :
- Les barrières financières : les dépenses d’investissement initiales sont élevées et le capital est limité du côté des petits producteurs.
- L’infrastructure technologique : il manque de systèmes numériques et de collecte de données.
- L’expertise technologique : la pénurie de main-d’œuvre qualifiée capable de mettre en place des systèmes d’IA complexes nuit à la formation continue.
- L’incertitude des rendements : comme l’IA ne génère pas de rendements immédiats, les utilisateurs s’inquiètent de la façon dont leurs investissements dans cette technologie porteront fruit.
En raison des difficultés que comporte l’implantation de l’IA, Kareem Sadek recommande aux fermiers, entre autres, de commencer par une section de la chaîne d’approvisionnement. « Allez-y progressivement, recommande-t-il, en commençant par éliminer les irritants de votre chaîne d’approvisionnement. »
La réponse ne se trouve pas dans une seule technologie, cependant. Si elles veulent être efficaces, les entreprises doivent combiner plusieurs technologies d’IA. Par exemple, une ferme pourrait se doter d’un robot qui se déplace dans chaque rangée de ses serres. Puis, à l’aide d’une vision par ordinateur, ce même robot pourrait analyser la culture pour déterminer si le pH de l’eau est adéquat ou s’il y a des problèmes du côté de l’engrais. Ensuite, au moyen d’un modèle d’analyse basé sur l’IA, il pourrait déterminer comment optimiser la récolte. « C’est ce qu’on appelle la structuration en couches, poursuit Kareem Sadek. On combine ici l’IA et l’IdO pour obtenir la meilleure solution. »
Windset Farms, le producteur de légumes par agriculture en environnement contrôlé (AEC) situé à Delta en Colombie-Britannique, essaie par plusieurs manières de mettre l’IA en œuvre. Il envisage l’utilisation d’une technologie d’optimisation des récoltes, qui permettra d’ajuster automatiquement des outils mécaniques pour notamment ventiler, chauffer, éclairer et irriguer selon des entrées de données complexes. Cette technologie aidera Windset Farms à gérer davantage d’hectares de serres tout en réduisant la surveillance physique. De plus, la ferme travaille actuellement au développement de son logiciel exclusif, StreamlineTM, qui utilise l’IA pour les recommandations relatives aux achats et aux ventes.« L’IA jouera un rôle majeur dans l’apprentissage machine. Elle guidera les outils mécaniques dans les serres de manière plus intentionnelle, en se basant sur l’expérience passée », affirme Steven Newell, président et chef de la direction à Windset Farms.