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      Le Canada fait face à un avenir marqué par des catastrophes plus fréquentes, plus vastes et de plus en plus complexes, sous l’effet des changements climatiques. Les dernières années ont mis en évidence l’évolution rapide du paysage des risques au Canada. En 2023, le pays a connu sa pire saison de feux de forêt, avec plus de 45 millions d’acres brûlées. En 2024, l’incendie de Jasper a détruit un tiers de la ville, forcé l’évacuation de 25 000 personnes et ravagé plus de 32 000 hectares dans le parc national de Jasper. Cette année, plus de 8,3 millions d’hectares de forêt ont brûlé, avec des incendies majeurs et des évacuations dans l’Ouest, faisant de 2025 la deuxième pire saison de feux de forêt de l’histoire canadienne.

      Le coût économique des catastrophes climatiques augmente rapidement. Les pertes assurées liées à des événements catastrophiques ont atteint un record de 8,5 milliards de dollars en 2024 — l’année la plus coûteuse de l’histoire du Canada pour les dommages liés aux intempéries. Ce chiffre représente près du triple des pertes assurées de 2023 et douze fois la moyenne annuelle de 701 millions de dollars enregistrée entre 2001 et 2010. Les pertes assurées ne représentent généralement que moins de la moitié du coût économique total, car les dommages aux infrastructures publiques, aux biens non assurés et les perturbations économiques indirectes ne sont souvent pas couverts par l’assurance.

      D’ici 2025, les catastrophes liées au climat devraient amputer le PIB du Canada de 25 milliards de dollars — soit l’équivalent de la moitié de la croissance économique projetée pour l’année. Ces coûts croissants détournent des ressources essentielles de l’innovation et de la productivité, compromettant la capacité du Canada à investir dans des secteurs d’avenir. À long terme, cette ponction persistante et croissante peut créer des vents contraires économiques, car les fonds qui pourraient alimenter la recherche, la modernisation technologique et l’expansion des entreprises sont consacrés à la réponse, au rétablissement et à la reconstruction.

      Leon Gaber

      Associé, Infrastructure, projets d’immobilisations et développement durable, et leader national, Résilience des infrastructures essentielles et gestion des urgences

      Victoria

      KPMG Canada

      Pourquoi le modèle actuel de préparation et de réponse doit évoluer

      La réponse traditionnelle aux catastrophes au Canada repose sur les communautés locales pour diriger la réponse et demander de l’aide aux niveaux supérieurs du gouvernement uniquement lorsqu’elles sont dépassées. Pourtant, les autorités locales disposent souvent de la capacité et des ressources les plus limitées par rapport à l’ampleur et au rythme des catastrophes actuelles. Même les gouvernements provinciaux peuvent avoir du mal à répondre efficacement face à l’augmentation des risques de catastrophes, ce qui entraîne des demandes plus fréquentes d’assistance au gouvernement fédéral. Les Forces armées canadiennes interviennent désormais environ deux fois plus souvent lors de catastrophes naturelles qu’il y a cinq ans, une tendance qui « a globalement doublé tous les cinq ans depuis 2010 ». Ce schéma n’est pas viable comme solution par défaut pour apporter une capacité de renfort lors des catastrophes.

      Aucune province ou territoire ne peut gérer seule les plus grands événements. L’entraide en matière de feux de forêt fonctionne mieux que dans la plupart des autres domaines de catastrophe, car elle est facilitée au niveau national : le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) permet le partage des ressources, l’entraide et l’échange d’informations entre juridictions et frontières. Cependant, la rareté des ressources et la préparation inégale limitent encore les résultats, comme l’a montré la saison record de 2023 qui a nécessité des niveaux d’assistance internationale sans précédent. Les autres domaines de risques ne disposent d’aucun mécanisme institutionnel comparable, laissant le Canada vulnérable lorsque plusieurs régions sont sous pression et qu’un renfort critique est nécessaire au-delà de la lutte contre les incendies.

      État actuel et innovations à valoriser

      À l’échelle mondiale, les modèles de coordination de la réponse aux catastrophes varient, allant de modèles centralisant les stocks d’actifs à des modèles totalement décentralisés. Le cadre rescEU européen s’avéré efficace et inspirant: les États membres développent des capacités, puis en déclarent et préparent réservent une partie comme réserve stratégique au niveau de l’UE, entièrement financée et mobilisable lorsque les ressources nationales sont saturées. Ce mécanisme ne remplace pas les systèmes nationaux, mais les complète, ajoutant une couche de protection contre les crises simultanées.

      Au Canada, certains gouvernements provinciaux modernisent leur législation et investissent dans des programmes pour renforcer la préparation. Ces initiatives offrent des modèles prometteurs pour un cadre pancanadien plus résilient :

      • Québec : La création de la Réserve d’Intervention d’Urgence en Sécurité Civile (RIUSC) — une réserve de 200 membres en sécurité civile — marque un tournant stratégique. Cette alternative civile et évolutive vise à soutenir les municipalités en situation de crise, réduisant la dépendance systématique aux Forces armées canadiennes pour la réponse aux catastrophes.  
      • Ontario : Ontario Corps, coordonné par le nouveau ministère de la Préparation et de la Réponse aux Urgences, rassemble bénévoles, ONG, secteur privé et partenaires des Premières Nations pour fournir des services essentiels tels que l’hébergement, la gestion des débris, la distribution alimentaire et la protection contre les inondations. Ce modèle collaboratif renforce les liens communautaires tout en améliorant la préparation face à divers risques.
      • Nouvelle-Écosse : Nova Scotia Guard, un corps bénévole à l’échelle de la province soutenu par le nouveau département de gestion des urgences, mobilise les citoyens pour fournir soins, logistique et compétences spécialisées lors des urgences, renforçant la capacité et la coordination locales.
      • Équipes d’intervention en sécurité civile: Des équipes de personnel d’intervention hautement qualifié ont été créées aux niveaux local et régional (ex. : Canada Task Force 1-6) pour gérer les urgences complexes lorsque les ressources locales sont dépassées.

      Bien que ces efforts soient prometteurs, ils restent largement cloisonnés et non testés à grande échelle. Le Canada n’a pas encore intégré ces innovations dans un système cohérent, avec des normes partagées, des parcours de formation harmonisés et une vision nationale en temps réel des capacités mobilisables. Combler ces lacunes représente une opportunité cruciale pour bâtir un cadre de réponse aux catastrophes plus unifié et efficace.

      L’Impératif de Cohérence

      Un cadre plus unifié et interopérable est nécessaire pour répondre aux exigences croissantes de la gestion des catastrophes au Canada. Il s’agit d’un cadre où les ressources, les personnes et l’information circulent sans entrave entre les frontières lorsque l’enjeu est majeur. Une approche pancanadienne devrait mettre l’accent sur des normes communes, la visibilité en temps réel, le partage des ressources, l’adoption de technologies et d’innovations de pointe, et une culture d’apprentissage continu. Le modèle rescEU européen, adapté au contexte géographique, fiscal et fédératif du Canada, constitue une référence utile. Le Canada a besoin d’un modèle « société entière » qui aide les provinces et territoires à développer des capacités en gestion des urgences parmi le personnel, les bénévoles et les équipes spécialisées, et à les déclarer comme faisant partie d’un bassin de ressources pancanadiennes. L’objectif n’est pas de remplacer le leadership local, mais de garantir que les ressources puissent être mobilisées rapidement et efficacement à travers le pays lors d’événements catastrophiques.

      Un cadre pancanadien pratique de préparation 

      Elements of successful coordination models can be adapted and built upon to create a pan-Canadian structure for multi-hazard coordination, shared assets, and rapid deployment, ensuring readiness for floods, storms, heat events, and other complex emergencies. This framework would include the following key elements and characteristics: 

      Personnes et ressources :

      • Des équipes provinciales et territoriales hautement qualifiées, dont une partie de la capacité serait désignée et faisant partie d’un bassin d’actifs pancanadien, mobilisable partout au Canada. 
      • Un registre pancanadien en temps réel du personnel, des équipes, des ressources et des compétences spécialisées mobilisables, intégré aux programmes existants (Nova Scotia Guard, Ontario Corps, RIUSC du Québec) et accessible aux partenaires. 
      • Inclusion des communautés et savoirs autochtones dans la planification et la réponse, reconnaissant leur leadership, expertise et contribution unique à la résilience. 
      • Ressources provinciales/territoriales pouvant être rapidement déployées dans d’autres régions selon les besoins. 
      • Un inventaire fédéral de ressources axé sur les capacités spécialisées nécessaires lors de crises majeures (logistique lourde, transport longue distance, communications avancées). 
      • Partenariats avec le secteur privé pour accéder à des ressources évolutives (entrepôts, flottes de transport, réseaux logistiques) et renforcer la capacité nationale de réponse.

      Technologie et innovation:

      • Un tableau de bord numérique en temps réel affichant les risques, les demandes et les ressources disponibles, accessible aux partenaires.
      • Interopérabilité des communications entre juridictions pour permettre aux équipes de se connecter instantanément en situation de crise. 
      • Adoption de technologies émergentes (intelligence artificielle, jumeaux numériques, outils d’analyse prédictive) pour l’alerte précoce, l’optimisation des ressources et la prise de décision accélérée.
      • Collaboration avec des fournisseurs technologiques privés pour améliorer les plateformes de données, les outils de communication d’urgence et l’infrastructure numérique. 
      • Identification et adoption des meilleures pratiques mondiales en gestion des urgences. 
      • Revue et partage standardisés des enseignements après chaque événement majeur pour favoriser une culture d’amélioration continue et d’innovation. 

      Interopérabilité :

      • Qualifications, listes de contrôle et procédures partagées pour les équipes d’intervention, alignées sur les directives canadiennes pour garantir une collaboration fluide et efficace entre provinces et territoires. 
      • Systèmes interopérables (canaux communs, procédures cohérentes, modèles de données partagés) pour permettre une connexion rapide et un travail efficace en équipe. 
      • Cycle pancanadien d’exercices conjoints pour renforcer la capacité de réponse coordonnée à grande échelle. 

      Coordination et gouvernance:

      • Une entité centrale de coordination tous risques, agissant comme un hub pour mobiliser rapidement les ressources là où elles sont le plus nécessaires. 
      • Une réserve stratégique coordonnée de ressources d’urgence pour soutenir les systèmes provinciaux et territoriaux lorsque les accords d’entraide sont insuffisants, inspirée du modèle rescEU européen. 
      • Renforcement des mécanismes nationaux de coordination reliant les partenaires fédéraux, provinciaux, territoriaux, municipaux et autochtones, permettant la planification partagée, l’échange d’informations en temps réel et la prise de décision conjointe lors des urgences majeures.
      • Définition de seuils minimaux de préparation pour identifier les lacunes, renforcer les bonnes pratiques et favoriser la transparence sur les niveaux de préparation. 
      • Seuils clairs pour activer la coordination nationale (saturation multi-régions, évacuations massives). 
      • Mécanismes de partage des coûts préétablis pour permettre une mobilisation rapide lorsque plusieurs régions sont sous pression.

      La question des Forces Armées Canadiennes :

      Les Forces armées canadiennes seront toujours présentes pour les Canadiens, mais le système civil ne doit pas être conçu en supposant que le personnel en uniforme est la seule option de renfort. Les documents internes des FAC soulignent leur capacité limitée et la nécessité de les mobiliser uniquement en dernier recours. Renforcer les capacités civiles de renfort protège la disponibilité des FAC tout en améliorant la rapidité et la spécialisation de la réponse aux catastrophes.

      La pandémie de COVID-19 rappelle que lorsque les systèmes civils sont dépassés, l’armée devient le dernier recours : en 2020, lors du pic de la pandémie, l’Opération LASER a vu des troupes déployées pour soutenir le personnel débordé dans les établissements de soins de longue durée en Ontario et au Québec. L’enjeu aujourd’hui est de renforcer la couche civile pour que le « dernier recours » soit réellement le dernier recours.

      Appel à l’action

      Le Canada est vaste, sa base fiscale est limitée, et les risques auxquels il fait face sont de plus en plus importants et complexes. Pour être résilient face à ce profil de risques croissants, il faut s’appuyer sur ce qui fonctionne déjà : réserves et gardes provinciaux, équipes d’intervention en sécurité civile, profondeur des ONG, modèles de coordination éprouvés et technologies émergentes qui soutiennent une prise de décision plus rapide et une meilleure connaissance de la situation. En tissant ces éléments dans un cadre unifié de préparation tous risques — un hub national, un référentiel partagé, de nombreux acteurs et un système de préparation commun — nous pouvons passer d’une réponse réactive à une résilience proactive.

      Si nous faisons cela, la prochaine fois que le Canada sera confronté simultanément à des feux de forêt, des inondations, des vagues de chaleur ou des chocs d’infrastructure, nous répondrons plus vite, plus intelligemment et ensemble — avec les bonnes personnes, les bonnes ressources et la bonne information, au bon moment.

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